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Costa-Gavras : Et bien écoutez, on ne va pas vous faire de grand discours. Il est là ! On va le faire venir.
Steven Spielberg : Merci, je t'aime (public français). Je ne me remettrai jamais de cette émotion, c’était incroyable !
Serge Toubiana : Bonsoir, nous avons fait les autres salles d'abord, car Steven a voulu absolument saluer les deux autres salles qui sont pleines aussi et qui, malheureusement, ne le verront pas directement. Il y a à peu près trois ans, nous étions à Los Angeles et l'idée nous est venue s'il y avait un manque à la Cinémathèque, c’est que le plus grand réalisateur du monde n'y était pas. Je l'ai appelé immédiatement et il a réagi positivement et a dit « oui, je viens ». Il a fallu attendre, car il faisait deux films. Steven, je vais vous dire deux choses : nous sommes très heureux que vous soyez là ! Le public l'a montré aussi, que vous êtes le plus important metteur en scène du monde, le plus populaire, celui qui a une œuvre très variée et d'une grande qualité. Je pense même, mis à part Charlie Chaplin, je ne vois pas quel autre metteur en scène a cette grande popularité. Vous avez réussi à avoir en même temps de grands films et une relation très directe et permanente avec le public. La question qui me vient à l'esprit est la suivante : quel est votre secret ? Il est vrai que Jean Cocteau disait qu'il y a des règles pour faire un succès, mais nous ne les connaissons pas. J'ai impression que vous, vous les connaissez.
Spielberg : Si j'avais un secret ou si quelqu'un connaissait ce secret, je serais bien content qu'il me le dise car je n'en ai pas la moindre idée, je ne sais pas. Vous savez tout d'abord, c’est un immense honneur et privilège de me retrouver de nouveau à Paris, surtout devant un public aussi jeune de cinéphiles, de cinéastes, de gens qui adorent le cinéma. J’ai commencé à faire du cinéma quand j’étais gamin, car Jérôme voyait rien de plus amusant à faire que cela. J’états un gamin de douze ans. Il n'y avait rien d’autre à faire qui puisse m’intéresser autant que de prendre une caméra de 8mm et de raconter une histoire en trois ou quatre minutes. Je me dis que s’il y a un secret de quelque manière que ce soit, une explication pour cette passion que j'ai pour le cinéma, c’est que lorsque je fais un film aujourd'hui, j’ai la même sensation, la même énergie, la même excitation que celle que je ressentais à douze ans. Maintenant, j'ai 65 ans.
Toubiana : On avait décidé de commence à vous interroger sur Cheval de guerre, le film que nous venons de découvrir. Pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez eu envie d'adopter ce roman et cette pièce de théâtre pour en faire un film ? Qu'est-ce qui vous motive dans l'histoire de Joey, ce cheval ?
Spielberg : Vous savez, quand j’ai lu ce livre écrit en 1982, j’étais très étonné que personne n’avait décidé de l'adapter au cinéma. J’avais vu l'adaptation au théâtre. Le récit seul est déjà un film. Quand vous lisez le livre, quand vous voyez la pièce, vous avez déjà un film sous les yeux. J’étais stupéfait que personne n'ait eu l'idée de prendre ce récit d'un garçon qui élevé un cheval, de ce cheval qui sauve la ferme et qui ensuite est envoyé sur le front pendant la première guerre mondiale. J'adore les histoires qui sont parfaitement claires dès le départ et qui ne sont pas encombrées de symbolisme, de métaphores. Il n'y a ici aucun symbolisme même si on peut trouver de la métaphore un peu partout. C’était pour moi une histoire très claire et qui m'allait droit au cœur. J'ai pleuré quand j'ai vu la pièce sur scène et, vous savez, j'ai fait un film pour d'autres raisons, pas uniquement pour que le public pleure. Je voulais montrer qu’au beau milieu d'une guerre et notamment la première guerre mondiale qui était notamment livrée ici en France, je voulais montrer que les différences entre les hommes peuvent se suspendre un instant, lorsqu'il y a une admiration mutuelle autour de cet animal. Vous avez les deux opposés qui se retrouvent ne serait-ce que pour quarte minutes. C’était en quelque sorte le noyau de cette histoire.
Costa-Gavras : Vous avez dans ce film quelque chose de très inhabituel : en général dans les films, on déteste les animaux, car c’est la chose la plus difficile, cela coûte cher. Vous avez un cheval qui est un acteur. La question que j'aimerais vous poser est de savoir si ce cheval est un cheval savant que vous avez rencontré quelque part ou si c’est un cheval que vous avez complètement éduqué. Avez-vous fait apprendre ce rôle à ce cheval, car il est étonnant ?
Spielberg : C’était un cheval extraordinaire ! Il y avait plusieurs chevaux pour le même rôle de Joey. Il y avait un cheval qui a fait toutes les courses sans cavalier. Il y avait un autre cheval qui sautait. Il y avait essentiellement deux chevaux : Finder et Abraham. Je ne parlais pas directement aux chevaux qui me regardaient sans réagir. Quelques fois, ils écoutaient ma voix, puis après ils perdaient l'intérêt rapidement. J'ai engagé un homme qui murmurait à leur oreille qui s'appelait Bobby. J'avais déjà produit un film avec des chevaux, Seabiscuit, et c'était déjà Bobby qui avait dressé à l'époque ce cheval. Bobby était le cerveau de la communication entre les besoins du scénario et mes propres besoins en tant que réalisateur et le cheval qui devait réagir. Grâce au concours précieux de Bobby, il a plus dressé le cheval et lui faire faire ce qu'il devait faire. Ce fut extraordinaire de voir Bobby travailler avec ces chevaux sans un fouet et sans appât de nourriture. Les chevaux l'écoutaient et à ce titre, il devrait être crédité comme le co-réalisateur de ce film. Le cheval lui-même était très beau. Dans notre ranch, on a une dizaine de chevaux et ma fille participe à des concours hippiques. On a toujours eu des chevaux à la propriété. J'ai toujours été stupéfait qu'on s'intéresse autant aux chiens, mais pourtant les chevaux sont beaucoup plus subtils que les chiens.
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