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Sorties-Cinema - Moonlight, un recit initiatique bouleversant

  • 19 janvier 2017

    Huit ans après MEDICINE FOR MELANCHOLY, qui avait été salué par la critique, Barry Jenkins signe le récit initiatique d’un jeune homme sur une vingtaine d’années. Abordant l’appartenance communautaire, la sexualité, la masculinité, les liens familiaux et les relations amoureuses.

    En confiant le rôle principal à un trio d’acteurs (Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes) qui campent le personnage principal à trois âges de sa vie, MOONLIGHT raconte l’apprentissage d’un jeune homme dans un quartier défavorisé de Miami. D’abord timide et peu sûr de lui, Chiron devient un ado persécuté aux prises avec sa sexualité, puis un adulte. À travers ce portrait en trois chapitres, le réalisateur montre bien comment les moments les plus marquants de nos vies façonnent notre identité et notre destin.

    Le projet de MOONLIGHT est né dans le cadre d’une école d’art dramatique. C’est le dramaturge Tarell Alvin McCraney, membre de la troupe théâtrale Steppenwolf, qui en a eu l’idée. Grâce à sa trilogie « Brother/Sister » qui se déroule dans une cité de la Louisiane, il s’est imposé comme un auteur majeur de la communauté noire. Il a soumis son texte, intitulé « In Moonlight Black Boys Look Blue », au Borscht Film Festival de Miami. La manifestation s’attache en effet à présenter les œuvres d’artistes de la région évoquant l’identité de Miami à travers des histoires qui « vont au-delà du portrait stéréotypé d’une ville festive mais sans âme ». McCraney a ensuite été invité en résidence d’écriture à Londres par la célèbre Royal Shakespeare Company et a presque
    oublié la pièce.

    En 2013, la productrice Adele Romanski était à la recherche d’un nouveau projet de long métrage pour Jenkins après la réussite de MEDICINE FOR MELANCHOLY. Amis depuis l’université, la productrice et le réalisateur avaient pris l’habitude de se voir deux fois par semaine pour échanger des idées jusqu’à ce qu’une dizaine d’entre elles, plus concrètes que les autres, ne prennent forme. Par l’intermédiaire d’un membre du Borscht Festival, Jenkins avait notamment lu le texte de McCraney où il raconte de manière très personnelle sa jeunesse à Miami : « Tarell avait formidablement évoqué le calvaire des jeunes Noirs qui grandissent dans les cités de Miami, souligne Jenkins. J’y ai vu l’occasion de m’inspirer de mes propres souvenirs d’enfance, en les relatant par le prisme du magnifique regard de Tarell. Son histoire correspond assez bien à la mienne. C’était donc une rencontre idéale. ». Il se trouve en effet que Jenkins a grandi dans la même cité violente de Liberty City que McCraney, où se déroule l’essentiel du film. Il a également présenté au Borscht Film Festival son court métrage CHLOROPHYL qui, en 17 minutes, raconte sa vision de Miami à travers la transformation du tissu urbain. Le court métrage abordait plusieurs thèmes que l’on retrouve dans MEDICINE FOR MELANCHOLY comme les déplacements de population, l’embourgeoisement de certains quartiers et l’aspiration à une vie sentimentale et au lien social dans un environnement privé de repères et d’espoir.

    Jenkins et McCraney ne se connaissaient pas quand ils étaient enfants mais ont vécu une adolescence comparable. Ils ont fréquenté la même école et le même collège – bien qu’ils n’aient pas le même âge – et sont devenus tous les deux artistes, abordant des thèmes voisins qui s’inspirent de leur parcours, comme l’identité et la masculinité. Plus remarquable encore : ils ont tous les deux grandi auprès d’une mère totalement accro à la drogue. La mère de Jenkins a surmonté sa toxicomanie tout en restant séropositive pendant 24 ans, tandis que celle de McCraney a fini par mourir du Sida.

    Le texte de McCraney évoquait les rapports entre un garçon de Liberty City et un dealer du coin : ce dernier devient une sorte de père de substitution pour le jeune homme qui doit affronter les brimades, la toxicomanie de sa mère et un sentiment obsédant de solitude et d’aliénation qui aboutit à la tragédie. Alternant entre l’enfance et l’adolescence de son protagoniste Chiron, « In Moonlight Black Boys Look Blue » abordait la masculinité, l’identité et l’appartenance communautaire à travers le récit non chronologique d’un jeune homme découvrant son homosexualité dans un milieu difficile. « Pour moi, il était important de montrer d’entrée de jeu que l’appartenance communautaire est centrale dans la vie de Chiron, indique McCraney. Sa communauté sait des choses sur son compte avant même qu’il n’en soit lui-même conscient. Les gens veulent le ranger dans une catégorie sans qu’il en comprenne la portée. Ça nous arrive tous, qu’on soit hommes, femmes, noirs, blancs, hétéros ou homos. Il y a des moments où notre communauté nous renvoie l’image qu’elle a de nous. La manière dont nous réagissons donne une véritable âpreté à notre combat et influe sur le déroulement de notre vie. »

    Pour l’adaptation, Jenkins a choisi de donner plus d’ampleur à la narration, en développant un épisode où Chiron est adulte qui se résumait à un simple appel téléphonique dans la pièce de McCraney. Il a ainsi réservé le même traitement aux trois époques de la vie du protagoniste, de l’enfance à l’âge adulte. Au début du film, Chiron, âgé de 10 ans – surnommé « Little » –, tente d’échapper à des brutes dans sa cité avantque Juan, le dealer, ne lui vienne en aide : celuici devient alors son mentor et son tuteur non officiel avec le soutien de sa petite amie Teresa.

    Dans le deuxième chapitre, Chiron connaît ses premiers émois amoureux avec son camarade de collège Kevin, affronte la détérioration de l’état de sa mère Paula et doit surmonter un incident traumatisant survenu dans la cour de récréation qui bouleverse son existence. Au troisième chapitre, Chiron, devenu adulte et désormais
    surnommé « Black », souffre de son échec amoureux qui l’a empêché d’assumer son identité et de son incapacité à exprimer ses sentiments. En lisant l’adaptation de Jenkins, Adele Romanski a été fascinée par le point de vue profondément émouvant sur l’apprentissage d’un personnage sous extrême pression. Même si MOONLIGHT se situe dans un contexte bien particulier, ses thèmes peuvent toucher quiconque s’est déjà senti en décalage par rapport à son environnement. « Le scénario m’a bouleversée, confie la productrice. Je me suis retrouvée dans l’histoire de Chiron même si je suis une femme blanche. Pas mal de gens, quels que soient leur appartenance ethnique, leur sexe, leur âge et leur orientation sexuelle, peuvent s’identifier à ce sentiment d’aliénation. Si MOONLIGHT est le récit initiatique d’un jeune homme noir et homosexuel, il parle d’un thème universel : le sentiment d’être différent. »

    Il faut noter que MOONLIGHT a été transposé pour le grand écran par un cinéaste hétérosexuelà partir de l’expérience intime d’un artiste homosexuel qui se revendique comme tel. Pour autant, l’orientation sexuelle n’est pas la principale caractéristique du film. En effet, Jenkins est un réalisateur qui privilégie l’introspection aux effets de manche et aux leçons de morale. Au bout du compte, MOONLIGHT raconte une histoire universelle à travers les combats personnels et cathartiques d’un jeune homme. « Barry est un homme très introverti et d’une grande discrétion, explique Adele Romanski. Il ne se livre qu’à un tout petit groupe de gens en qui il a confiance. MOONLIGHT lui a permis de raconter une histoire proche de son enfance et de son passé – mais il a réussi à l’aborder en s’appropriant le parcours de Tarell qu’il a ensuite transposé. » Les producteurs Jeremy Kleiner et Dede Gardner se sont rapprochés du réalisateur peu de temps après la sortie de MEDICINE mais c’est au festival de Telluride, en 2013, que leur collaboration sur MOONLIGHT s’est concrétisée. Plan B présentait 12 YEARS A SLAVE au festival et il se trouve que Jenkins animait un débat avec Steve McQueen après la projection.

    Kleiner et Dede Gardner ont été profondément émus par le script. « L’écriture était magnifique et, comme son film précédent, il possédait une grande élégance et simplicité dans sa construction, affirme Kleiner. Barry sait remarquablement créer des espaces entre les personnages et particulièrement entre deux d’entre eux. Il pénètre l’intimité émotionnelle de ses protagonistes sans annoncer la couleur et, tout à coup, on est au cœur des sentiments humains. » Dede Gardner ajoute : « Barry estime que des univers entiers peuvent se percuter en l’espace d’une seule conversation. Il faut un auteur et réalisateur très doué pour exprimer cela à l’écran. » Les producteurs de Plan B se sont engagés dans le projet peu de temps après avoir lu le scénario : le financement du film a été bouclé début 2015 grâce à la participation de A24.

    A lire aussi notre entretien avec le compositeur Nicholas Britell (http://www.mulderville.net/evenements/entretiens/797/notre-interview-de-nicholas-britell-au-sujet-de-moonlight-et-de-sa-carriere)

    Synopsis :
    Le passage à l'âge adulte d'un jeune homme, Chiron, pendant l'ère de la guerre contre la drogue à Miami.

    Moonlight
    Un film co-écrit et réalisé par Barry Jenkins
    Avec Alex R. Hibbert (Little), Ashton Sanders (Chiron), Trevante Rhodes (Black), Mahershala Ali (Juan), Janelle Monáe (Teresa), Naomie Harris (Paula), Andre Holland (Kevin), Jaden Piner (Kevin (9 ans))
    Distributeur : Mars Films
    Date de sortie : le 1er février 2017

    Photos : Copyright David Bornfriend

    (Source : Dossier de presse)